06/12/07

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert

2 comentários:

João disse...

Tropecei nas consoantes, andei ao estalo com as vogais, é, não me entendi bem com as vírgulas, cheguei a vias de facto com os pontos finais, mas, ainda assim, depois de todo este recambolesco escrevinhar, não deixei de aqui vir, aproveitei para a cumprimentar.
Perdoe-me o ar desalinhado, o beiço meio ensanguentado, afinal as vogais eram de calibre, os pontos finais deixaram-me estatelado, mas, ainda assim, cambaleante, num jeito meio ébrio de dor, passei por aqui, no durante, deixei uma palavra de amor.
Entenda-se amor por admiração, por causa de uma preposição, o predicado zangado com o sujeito, acabou olhando o complemento, formaram juntos uma oração e partiram levando nas velas o vento, levando o meu coração.
Coisas estranhas estas do escrever, que voam, que sobem á condição de bel canto, são operetas do bem dizer, são, afinal, momentos de agrado e de espanto.
Ficai pois, ó bela dama, certa da beleza que deixais no ar, esse ar que ora vento, fez sorrir o meu olhar.

MEColares disse...

eu, por mim, sem prosa nem inspiração que o tempo não está para brincadeiras e faz-se tarde para pôr a mesa para a consoada (até porque antes disso há que pôr - onde? - a própria mesa), quero só dizer que gosto desalmadamente deste poema.
kiss